2014

JANVIER 2014

Issia Janvier2014

Journal d’une mission en Guinée Conakry

 Pays d’Afrique noire, la Guinée a pour voisin  le Sénégal au sud, la Côte d’Ivoire au nord et  la Sierra Léone. Divisée en plusieurs régions, dotée d’une diversité inouïe de paysages, elle possède de grandes richesses minières en sous sol  (mines de  bauxite) et au dessus une pauvreté criante.

Décrite comme le château d’eau de l’Afrique de l’ouest,  les habitants ne disposent pourtant  pas d’eau courante…

En ce début janvier 2014, la température est de 5°au départ de Paris et 6 heures plus tard à l’arrivée à Conakry 35° : c’est le choc thermique  et en prime quelques moustiques…   Jacqueline chante souvent  « j’ai perdu ma citronnelle », elle ne veut pas prendre de traitement antipaludéen, elle est donc condamnée à la vigilance et aux lotions à tartiner !

 Issia Janvier2014 (1)Nous sommes six à partir  pour cette mission à Boké : Sœur Catherine initiatrice de ce projet et notre public relation,

Bernard  Auriol – médecin psychiatre et son épouse Nanou,  infirmière en psychiatrie, Jacqueline de Saint Blanquat – gynécologue, Roger Chatainier – Chirurgien dentiste  et  Sylvie de Blay –  infirmière.

Nous allons à Boké, préfecture à 300 km de la capitale. C’est par une très belle route vallonnée et verdoyante (palmiers, orangers, manguiers, papayers) que nous allons rejoindre notre camps de base.

Notre 4×4 est chargé comme un chameau pour la traversée du Kalaari !  (2 valises x 23 kg x 6 personnes = 286 kg de matériel médical trié, pesé au gramme prés par sœur Catherine). A ce propos un grand merci à tous ceux qui ont contribué à cette collecte. Bravo Xavier, « ta valise en carton » a été remise au Docteur Keita et à son assistant le Docteur Bérété, matériel qui va permettre l’ouverture de leur service d’ORL à l’hôpital de Boké. Tu  peux  imaginer leur joie et tous les deux t’attendent de pied ferme. Merci  Catherine Dure, pour tous tes cartons méticuleusement étiquetés et pesés, ils ont fait le bonheur de Mme Souaré, responsable du service des urgences. Grand merci encore au Docteur Graulier, de l’ordre de Malte, qui nous a offert un microscope de brousse, permettant ainsi aux biologistes de soigner sur place les parasitoses des enfants.

Sur ce trajet, le trafic est incessant, voitures, taxis brousse et camions croulent sous leur charge, et que dire de l’animation dans les villages où les marchés multicolores sont de vraies fourmilières. La poussière,  les ordures,  la pauvreté n’entament en rien la joie de toutes ces femmes aux pagnes rutilants, ni l’énergie d’une multitude d’enfants qui,  pieds nus,  jouent au foot et éclatent de rire à notre passage en criant « foté  foté» (traduction : les blancs  les blancs).

Bienvenue à Boké, c’est écrit en grand à l’entrée de la ville et c’est vrai : quel bon accueil chez les sœurs Notre Dame du Calvaire  (NDC),  ainsi qu’à l’hôpital.  Sœur Lucia, sœur Simone-Sophie, sœur Valérie et  sœur Agathe résident dans des locaux appartenant à l’évêché, sans eau courante et elles ne bénéficient de l’électricité que le soir après vingt heures. Souriantes, accueillantes, disponibles, nous sommes pris en charge de façon admirable. Avec elles nous partageons de grands moments  : messes dominicales joyeuses et colorées, fête pour les vœux de sœur Agathe rythmée par la musique et les danses des femmes de sa grande famille, chants Issia Janvier2014 (2)et danses avec les enfants des classes maternelles de sœur Valérie,  mais aussi corvée d’eau avec sœur Lucia et  prise de tête devant l’ordinateur avec sœur Simone – Sophie (ici, on touche du doigt les tracasseries du quotidien). Elles préparent pour nous les repas que nous partageons tous ensemble. Logés dans de très bonnes conditions (eau et électricité), nous nous régalons avec les petits déjeuners savoureux que nous prépare Nanou. Pour la gestion du gaz de la cuisinière, c’est Roger qui est de corvée … et pour la vaisselle, c’est chacun son tour … bonne équipe, même pour les rares parties de belotte qui clôturent nos journées !

Dès le lundi matin à l’hôpital, nous assistons en terrasse plein air (très cool) au débriefing des gardes du weekend. Puis visite générale avec le Docteur Barry, directeur de l’établissement  et comme le dit si bien Jacqueline, nous prenons vite la dimension du problème posé par cette institution pavillonnaire  à flanc de colline, vieillissante, en plein soleil et sans eau courante, mais qui ne manque pas de bonne volonté et de malades très patients . Nous allons mettre quelques gouttes d’expérience et de charité chrétienne dans un océan de malheur, de manque d’hygiène et de pauvreté. Et pourtant ça tourne ! Tout le monde y met du sien… les familles nourrissent et entourent leur malade, les médecins consultent et les assistants assistent … nous ne quittons pas les lieux avant 15 heures car il y a toujours du monde et des soins urgents.

Les membres de l’équipe témoignent :

Issia Janvier2014 (3)Bernard et Nanou :

 « Il n’y a que deux psychiatres en Guinée et aucun à Boké.

A l’hôpital nous avons été invités à donner deux conférences sur les bases théoriques et pratiques. Lors des consultations, nous avons rencontré dépressions, troubles du comportement, refus de contacts et somatisations variées. Quelques médicaments ont été prescrits et les consultations données ont comporté dans plusieurs cas une démarche de psychothérapie brève. Pour une personne handicapée par des séquelles d’hémiplégie nous avons pu proposer une procédure de rééducation par des gestes simples et quotidiens. Un enfant perturbé et en difficulté pour s’exprimer utilisait des gestes incompréhensibles. L’entretien a permis d’apprendre que sa mère (maintenant décédée) était muette et s’exprimait par des signes qu’elle avait elle-même créés  (sans accès à l’enseignement de la langue des signes). Quelques instructions ont été données pour favoriser l’adaptation de cet enfant au langage de ses proches. Nous avons pu proposer la méthode de training autogène à une personne apte à le pratiquer régulièrement malgré la transmission réduite à une leçon. Il est prévu d’instaurer lors des prochains séjours, une formation aux méthodes psychothérapiques occidentales sous forme de séminaires pour médecins et infirmières. Belles et riches rencontres, nous étions heureux de faire partie de cette mission où partage et convivialité maintenaient la joie au beau fixe. »

Issia Janvier2014 (4)Jacqueline :

« Pour ma part avec compassion et respect pour des femmes souvent analphabètes, j’ai fait du dépistage en cancérologie, quelques consultations de stérilité et infectiologie. J’ai vu la plus belle gale de ma vie… corps entier !!! Avec B.B. « super » sage- femme à Kamsar, mes deux jours de consultation ont créé de vrais liens. Les 3 étudiantes en 7ème année de médecine à Boké me servent d’interprètes, elles se souviendront, je l’espère, de mes conseils pratiques et gardent tout le matériel sorti de mon « sac magique » pour leur exercice futur (blouses, lampes, gants d’examens, spéculums, médicaments…). J’ai presque convaincu Christelle « ma chouchou » comme le disait le chef de service un peu jaloux !!! de se spécialiser en gynécologie médicale. En Guinée on n’enseigne que l’obstétrique. Les étudiantes n’avaient jamais  mis de spéculum, ni fait de frottis, ni palpé les seins. Avec moi elles ont fait des travaux pratiques, avec beaucoup d’intérêt, de curiosité, dans une ambiance détendue, en confiance et en supportant mon humour…  parfois un peu noir… Le Docteur Solange de Kamsar, écrit un livre sur l’excision, vaste problème à inclure dans des rites complexes d’initiation (pratique interdite depuis 20 ans mais qui dure toujours !). Je lui ai promis de relire le projet et d’aider à sa rédaction. Je reviendrai en fin d’automne pour finaliser ce qui a été initié et surtout refaire de l’enseignement aux sages femmes et aux étudiantes. Ces douze jours en Afrique subsaharienne avec la vision de mon premier baobab magnifique, des manguiers, des palmiers à huile, de la plage de Bel Air digne de l’ile Maurice, des noix « d’acajou » vendues au bord des routes, des cinq compères du voyage, des quatre « sœurs – courage » de la mission, des petits orphelins de midi, des enfants qui chantent à l’école des Sœurs, douze jours de bonheur, de prise de conscience de nos privilèges d’européens nantis. »

Issia Janvier2014 (5)Sœur Catherine :

« L’épopée guinéenne de notre équipe médicale a été heureuse et féconde…
Heureuse par le climat d’amitié, de confiance et de liberté qui régnait au sein de l’équipe. Les six participants s’embarquaient sans trop se connaitre pour cette aventure d’aide et d’échange avec les partenaires d’IPP qui nous recevaient pour la troisième fois. Premier test pour l’équipe, la préparation des bagages, façon de se mettre en route et déjà sérieux et compétence côtoient humour et rire… Cela partait bien ! Ensuite l’équipe n’a pas cessé de se souder et chacun a su trouver sa place dans la joie et la solidarité. Quel bonheur aussi de se sentir attendus et reçus « comme des princes » par nos hôtes guinéens. Mais aussi la joie des retrouvailles avec la communauté des sœurs NDC avec qui nous avons partagé un peu de leur mission. Elles ont la responsabilité des écoles maternelles, primaires et du collège, plus de 1000 élèves : bravo pour l’enthousiasme et la joie d’enseigner malgré la pauvreté des locaux et des moyens. Elles apportent soins aux plus pauvres, aux orphelins, aux familles et enfants en grande précarité, visitent les malades à domicile et réservent un accueil respectueux et chaleureux à tous ceux qui passent à la mission. Et bien sur, la vie communautaire… dur, dur de se lever à 5 heure du matin pour, d’abord allumer les feux sous les marmites dans la cuisine à ciel ouvert, avant de se retrouver à 6 heures pour la prière du matin ( j’arrivais juste à temps !), joie des retrouvailles aux repas, moments festifs de palabre et de partage…
Féconde par le travail partagé à l’hôpital de Boké. Chacun a été reçu et intégré aux équipes médicales qui s’ingénient à soigner, tant bien que mal, dans une grande pauvreté de moyens. C’est une expérience forte de la souffrance rencontrée mais aussi une expérience féconde  faite de patience, d’humilité, de disponibilité et de courage qui ne nous laisse pas indifférents et nous questionne sur comment aider et faire mieux à l’avenir… Il y aurait encore beaucoup à transmettre de ce que nous avons vécu et découvert en Guinée, des liens tissés au fils des jours et de ce partenariat d’aide scolaire et médicale, d’une grande générosité de part et d’autre… affaire à suivre avec toutes les bonnes volontés qui vont tenter ou renouveler l’aventure… c’est mon souhait ! »

Issia Janvier2014 (6)Roger :

« Nouveau dentiste retraité, motivé pour l’action humanitaire, je me suis retrouvé naturellement engagé avec ISSIA grâce à mon vieil ami Jacques. Nous voici donc réunis, un groupe de six participants, partis évaluer les besoins médicaux, scolaires, de captage d’eau… de la ville de Boké en Guinée.

Nous avons été pris en charge, dès notre arrivée par sœur Lucia qui s’est merveilleusement occupée de nous, tout au long de notre séjour, avec les autres sœurs de la mission.

Nous étions superbement logés dans une jolie villa (avec eau courante et électricité) et les sœurs nous confectionnaient une délicieuse cuisine.

A notre arrivée à l’hôpital, nous avons eu un excellent accueil mais nous avons été confrontés à une réalité très éloignée de notre pratique habituelle : pas d’eau (imaginez l’hygiène) électricité de temps en temps, fauteuil dentaire et compresseur en panne donc pratique dentaire limitée à la chirurgie ! … j’ai pu réaliser quelques extractions avec des anesthésiques que j’avais amenés.

Sur le plan épidémiologique, il faudra mettre en œuvre une motivation pour le brossage dentaire des jeunes générations qui se trouvent confrontées à une multiplication des problèmes carieux certainement dus à une modification des habitudes alimentaires.

Sur le plan touristique, nous avons vécu quelques temps forts : visite d’un village en brousse après une traversée en pirogue, journée sur la magnifique plage de Bel Air et son village de pêcheurs,  journée de fête pour le noviciat de sœur Agathe.

Je retiens également l’accueil toujours chaleureux de la population et son hospitalité. Et pour finir l’excellente ambiance de notre groupe. En conclusion une envie commune de renouveler cette expérience. »

Issia Janvier2014 (7)Sylvie :

« Avec Jean Ouendéno, infirmier responsable de la pédiatrie à L’hôpital de Boké, j’assure les consultations pour des enfants âgés de deux jours à quinze ans. Principaux motifs de consultation : crise de paludisme, bronchite, gale, gastro-entérite, asthme et aussi dénutrition chez des enfants contaminés par le VIH. Les mamans attendent le dernier moment pour consulter, car les soins et les traitements sont payants, pas de sécurité sociale ! Nous passons beaucoup de temps auprès des mamans pour donner des conseils sur l’alimentation de leurs enfants (allaitement maternel, diversification de l’alimentation), sur l’hygiène corporelle (conduite à tenir pour le traitement de la gale), sur l’hygiène pour la préparation des repas, et de nombreuses explications pour remédier à des pratiques ancestrales mettant en danger la santé de leurs bébés.

A première vue,  il faut avoir un moral d’acier pour travailler dans de telles conditions, pas d’eau courante, une montagne de papiers et de dossiers s’entassent sur le bureau faute d’armoire et une minuscule vitrine pour garder à l’abris de la poussière un peu de matériel sorti de nos valises ( appareil à tension, stéthoscope, pansements, médicaments…). Le manque de moyens est criant… Jean fait mon admiration, sans cesse dérangé pendant la consultation, il reste souriant, à l’écoute, patient et rassurant auprès des mamans inquiètes.

Dans quelques mois le service de pédiatrie, flambant neuf, devrait ouvrir ses portes. Pour l’instant les locaux sont vides mais d’ici peu, Jean pourra travailler dans de meilleures conditions et disposera d’un espace d’éducation pour les mamans. En lien avec Jean, dans ce nouvel espace, nous espérons pouvoir apporter une aide plus précise, ciblée sur l’éducation et la formation. »

Cette mission, ce sont aussi de belles rencontres : Le Docteur Solange nous présente son centre de soins à Kamsar  qu’elle gère avec beaucoup d’humanité ; le Docteur Kéita et  le Docteur Bérété nous font découvrir leur service d’ORL à l’hôpital de Conakry ;  le Docteur Sandouno nous fait rencontrer les élèves de l’école de formation en soins de Boké ; les tradi-praticiens nous accueillent dans leur centre de soins de médecine traditionnelle.

Rencontre avec le Docteur Barry, directeur de l’hôpital

Rencontre avec le Docteur Barry, directeur de l’hôpital

Sœur Lucia à l’école Pieronnel

Sœur Lucia à l’école Pieronnel

 Au terme de cette mission, une belle journée de détente au bord de l’océan, baignade et repos nous ont permis de « recharger nos batteries », de découvrir un magnifique port de pêche. Nous y avons fait notre marché : des maquereaux frais que Jacqueline a cuisiné le soir même… un vrai régal !

Un grand merci à tous nos partenaires guinéens, accueillants et toujours disponibles. Nous gardons l’espoir de revenir le plus tôt possible … qu’on se le dise !

Association ISSIA Pourquoi Pas

7, rue Peyrolade –  31300 Toulouse

Tél : 06 15 70 45 83  –  Email : catdemonpezat@yahoo.frIssia Janvier2014 (10)